Cette gauche hors-sol

On peut critiquer la loi Travail.

Il est possible de trouver de bons arguments. Les critiques de la CFDT visent justes : les nouvelles règles de licenciement économique ne conviennent pas et la sécurisation des parcours pourrait s’améliorer (Les informations de la CFDT sur la loi Travail sont disponibles sur son site).

Mais, il est tout aussi simple de trouver des arguments compléments idiots, comme le font des aubrystes du PS dans Libération.

En italique, ce sont des extraits de la tribune.

Devons-nous accepter, comme le prévoit actuellement le projet de loi El Khomri, de ne plus considérer les groupes mondiaux comme responsables du sort des salariés de leurs filiales fran­çaises ?

Donc, les bénéfices faits en Chine devront protéger les salariés français. Personnellement, je préférerais entendre les auteurs de la tribune exiger que les bénéfices faits en Chine se réduisent au profit de salaires chinois. En revanche, on retrouve les critiques sur le licenciement économique de la CFDT. La règle sur le licenciement économique est au niveau de l’entreprise. La CFDT réclame que cela soit au niveau du groupe. L’argument des auteurs de la tribune ne vise pas juste, mais ne doit pas être pris à la légère : le licenciement économique doit être mieux encadré.

L’introduction de critères automatiques transformant les licenciements économiques, jusqu’ici dernier recours, en un mode de gestion courante ?

Effectivement, les licenciements économiques sont trop simplifiés, comme le constate la CFDT. Cet argument est, totalement, recevable et les amendements doivent améliorer le texte sur ce texte. Les idioties commencent après.

Inverser la hiérarchie des normes, réservant aux branches professionnelles un rôle accessoire, alors qu’elles sont essentielles pour que la concurrence ne tire pas salaires, conditions de travail et investissements vers le bas ? 

Une partie de la Gauche ne fait, définitivement, pas confiance aux syndicats. Certes, la pression et le chantage à l’emploi existent dans de nombreuses entreprises. Mais faut-il mieux un accord tirant vers le bas, qu’une faillite ou des licenciements économiques ? Ainsi, une partie de la Gauche considère que les syndicats signeront, forcément, des accords négatifs pour les salariés en se couchant face aux patronats.
Avec une telle vision, on pourrait gagner du temps en supprimant les syndicats, puisque cela revient à considérer qu’ils ne servent à rien face aux employeurs.

Faire primer l’accord collectif sur les règles plus favorables du ­contrat de travail ? 

La magie d’un argument, qui oublie que le contrat de travail n’est forcément respecté dans les PME et qui considère que les syndicats signeront forcément des accords collectifs défavorables (cf. point précédent).

Affaiblir les syndicats par le recours au référendum pour contourner un ­désaccord ?

Ah, la magie d’un argument qui considère qu’un référendum affaiblit les représentants officiels.
Ils sont contre le référendum, car cela affaiblit la démocratie ?
Au contraire, le référendum d’entreprise est un outil complémentaire, soumis à condition.
Considérer qu’un référendum affaiblit les syndicats, c’est voir les syndicats comme bien faibles.
C’est là toute la différence entre les objectifs du texte de loi et la vision des auteurs de cette tribune : Le gouvernement fait le pari des syndicats, il leur fait confiance. Les auteurs de la tribune les considèrent comme tellement fragiles et inutiles, qu’un référendum les affaiblirait davantage. Les auteurs de la tribune les considèrent comme tellement mauvais, qu’ils pensent que les syndicats signeront forcément des accords collectifs défavorables aux salariés.

Cesser d’exiger que les heures supplémentaires soient vraiment rémunérées en heures supplémentaires, avec pour seul frêle garde-fou l’accord d’entreprise ?

Ah la magie d’un argument qui oublie que les heures supplémentaires ne sont pas toujours rémunérées et qui considère que les accords d’entreprises seront forcément négatifs. On retrouve, ainsi, le manque de confiance dans les syndicats.

Les arguments sont, majoritairement, idiots. Cela est vraiment dommage, car le reste de la tribune est porteuse de trois propositions intéressantes :

=> Créer dans le Compte-personnel d’activité capital  un temps-formation de un à deux ans pour les jeunes sortis tôt du système scolaire. Ce temps-formation permettra de reprendre des études.

=> au lieu d’avoir un organisme paritaire par branche de la sécurité sociale, fusionner les organismes paritaires et opérateurs concernés en un régime unique de sécurité sociale professionnelle.

=> limiter à 10 % de CDD par entreprise, seuil négociable au niveau de la branche. Au-delà de 10 % d’emplois précaires, toute embauche en CDD donnerait lieu à la transformation du plus ancien des CDD en CDI. 

 

 

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A propos Benoit Bloissere

Mon compte twitter : https://twitter.com/ben_economics
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Un commentaire pour Cette gauche hors-sol

  1. Juan S. dit :

    Un énorme désaccord: le primat des accords d’entreprise sur les accords de branches est un recul assez inouï. Le plus grave, de loin, de cette loi Travail.

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