Un « Etat fort » ? La faiblesse d’Hollande

Juppé en est à son deuxième livre-programme.

Le premier, sur l’éducation, avait pour objectif de montrer que son discours pouvait être compatible avec celui d’une partie de la gauche. Ainsi, il s’engage à maintenir le budget de l’éducation nationale et se permet, moqueur, d’affirmer :  » Ségolène Royal peut avoir de bonnes idées, encore faut-il les appliquer. ».

Hollande est loin d’être en échec sur les réformes économiques et sociales : assurance-santé complémentaire obligatoire pour 4 millions de salariés, réforme de la prime d’activité, diminution lente du déficit public, début de la diminution des impôts, création d’emplois via le CICE, accord sur le régime des retraites complémentaires, réforme du dialogue social dans les entreprises, réforme du système des primes dans la fonction publique…

Mais son bilan sur le plan des enjeux de sociétés et du vivre-ensemble est pour le moins plus que passable.

Hormis l’indispensable mariage pour tous, qui n’a pas été une mince affaire à faire voter, Hollande patine grandement sur les enjeux de sociétés.

Sur ces enjeux de sociétés, la légalisation de l’euthanasie est totalement abandonnée et la réforme de la loi Leonetti pourrait n’être votée définitivement qu’en janvier 2016.

Les avancées vis-à-vis des Français ou résidents immigrés ou d’origine immigrés sont, à ce stade, quasi-nulles.

La loi portant sur le « droit des étrangers » n’est pas encore votée. Aux dernières nouvelles, le vote définitif serait prévu pour le 26 janvier 2016.

Le droit de vote des étrangers aux élections locales a été abandonné en rase campagne, devant l’impossibilité d’obtenir la majorité des 3/5èmes pour réformer la constitution sur ce sujet.

L’action de groupe contre les discriminations n’est pas encore votée.

Le débat sur la déchéance de la nationalité ne semble pas aussi clivant qu’annoncé au sein de l’opinion, mais ravive une désagréable impression que les promesses de François Hollande auprès des Français de couleur valaient encore moins que ces promesses concernant la réforme fiscale.

L’apparition d’un matricule sur l’uniforme des policiers a été difficile à mettre en oeuvre et était clairement une avancée. Mais, il s’agit d’une avancée sans conséquence sur le comportement de la police. Il suffit pour confirmer ce point, d’étudier le comportement de certains policiers du XIIème arrondissement, où les démarches de médiation avaient été inutiles.

Le bilan de l’amélioration du fonctionnement de la justice est, pour l’instant, maigre. La création de la peine alternative à la prison est une très bonne mesure, mais prend du temps à être utilisé à sa pleine mesure, avec moins de 300 peines prononcées au 2ème trimestre 2015.

Le projet de la loi sur la justice du XXIème siècle n’en est qu’au tout début du calendrier parlementaire. Le choix de la procédure accélérée est heureux.

Sur le plan de la démocratie, le constat est, presque, négatif… La loi sur le cumul est, certes, votée. Mais, il faut rappeler qu’elle ne s’appliquera qu’en 2017 pour les députés et 2019 pour les députés européens.

La promesse d’une introduction d’un peu de proportionnel pour les législatives semble oubliées.

Les tentatives de réformes constitutionnelles, notamment sur la composition du conseil constitutionnel, semblent à l’abandon.

Une démocratie sans un fonctionnement sain des médias est une chimère. Or, la seule priorité de ce gouvernement semble être de passer LCI en gratuit pour affaiblir BFMTV. Cela est, évidemment, nécessaire étant donné la catastrophe ambulante que constitue BFMTV. Mais, cela fait-il vraiment une politique ?

Or, comment penser un Etat fort, si celui-ci ne fonctionne pas avec une légitimité démocratique forte ?

Comment penser un Etat fort, si celui n’est pas légitime pour les Français un peu trop foncés ?

Comment penser un Etat fort, si la police et la justice ne fonctionnent pas de concert ?

Le choix d’Alain Juppé pour le thème de son deuxième livre n’est pas neutre. Il lui permet de se positionner à droite, pour ne pas laisser ce champ à Nicolas Sarkozy, mais surtout il renvoie à la faiblesse du bilan actuel de François Hollande sur le sujet.

M. Hollande, je vous fait cette proposition :

Profitez de la réforme de la constitution à venir pour réformer la composition du conseil constitutionnel et pour accorder le droit de vote des étrangers aux élections locales pour 2020.

M. Hollande, ne trahissez pas la confiance que j’ai encore en vous.

M. Hollande, il est d’autant plus important d’agir avec des mesures de progrès, car sur le fond, Juppé nous ressort du Sarkozy : « autoriser le placement des familles en rétention administrative en supprimant la circulaire Valls »; « rétablir les peines planchers », « réformer l’aide d’aide médicale d’état, en la limitant au cas d’urgence. ».

Pour Juppé, un Etat fort, c’est un Etat qui met des familles en prison, c’est un état qui punit automatiquement sans adapter la peine à l’individu, c’est un état qui ne soigne pas ces pauvres.

Belle vision de l’Etat fort.

 

 

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A propos Benoit Bloissere

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