L’Europe est morte hier.

L’Europe, telle que nous la connaissions, est morte le Week-end du 11 et 12 juillet. Le fonctionnement intergouvernemental a montré ses faiblesses. D’habitude, l’intergouvernementalisme se soldait par un certain consensus mou. La règle du plut petit dénominateur commun entre les Etats permettait d’avancer, de manière lente mais progressive. La directive sur la travailleur détaché a pu être rénovée, mais les avancées sur l’Europe sociale sont bloquées. Les réformes fiscales n’avançaient pas, mais la Commission ouvrait une enquête pour aides d’Etat illégales envers l’Irlande, le Luxembourg.

Mais le week-end du 12-13 juillet, les faiblesses de cet intergouvernementalisme ont explosé en plein vol alors que des mesures fortes et rapides étaient nécessaires. L’Europe fonctionne uniquement par le compromis, lent et surtout pour les sujets où la co-décision (sans unanimité) est la règle.

Jusqu’à la décision du référendum, nous étions dans l’ancienne Europe telle que nous la connaissions : des avancées très lentes, pour des compromis insatisfaisants. Les demandes de Tsipras pour avoir une promesse de rééchelonnement n’ont été mises sur la table par l’Eurogroupe que très tardivement. Cependant, un compromis devenait de plus en plus possible, tout en restant défavorable à la Grèce. Tsipras a fait un autre choix, craignant que ce compromis soit trop contraire à ses promesses et a annoncé le référendum.

Cette décision a révélé les failles béantes de la « démocratie européenne ». Le référendum, avec appel au « non », a braqué les partenaires européens et a laissé pantois Sauvons l’Europe. Tsipras a joué avec le feu, mais la réaction d’orgueil des ministres des finances a été stupéfiante : « la Grèce a coupé les ponts ». Lundi dernier, la sortie de la Grèce de la zone Euro était possible, malgré une forte opposition des institutions européennes.

La conférence Franco-Allemande laissait augurer des avancées. Mais le week-end fut la preuve de l’inefficacité totale du modèle intergouvernemental pour porter l’intérêt général européen. Lors des interruptions du sommet pour faire un sommet dans le sommet, Donald Tusk restait représentant de l’Europe, mais sans être lui-même issu d’un pays de la zone Euro. Martin Schulz, pourtant président du Parlement européen, ne fait plus partie de cette réunion.
Le Parlement Européen a pu entendre Tsipras, mais n’a pas auditionner les autres intervenants : Christine Lagarde pour le FMI et d’autres pays européens…

La Commission et le Parlement Européen mis de côté, ce sont donc les clivages entre Etats qui ressortent (19 représentants d’Etat contre 4 représentants des institutions européennes). Or, au sein de l’Eurogroupe, les raisonnements purement nationaux prennent le dessus. Les extrêmes prennent le pouvoir. Jusqu’au référendum, Varoufakis faisait office de méchant bloquant l’accord. Ce week-end, Schauble joua à son tour ce rôle, soutenu par de nombreux ministres des finances. La Finlande, où l’extrême-droite est au pouvoir, se rangea du côté du camp des faucons.

De surcroît, les représentants au sein de l’Eurogroupe sont les ministères de finance. Les décisions de l’Eurozone sont, évidemment, politiques, géopolitiques, sociales ou environnementales et ne peuvent être seulement laissées aux financiers. A l’issue de la réunion de l’Eurogroupe, c’est donc un projet qui prévoit le vote de lois en 3 jours, le retour de la Troïka et 50 milliards basés dans un paradis fiscal (autant de sujets jamais évoqués auparavant) qui est sur la table. Ce projet est inacceptable pour la Grèce et l’Eurogroupe le sait.

Les difficultés sont intrinsèques, car les ministres ne peuvent que raisonner par rapport à leur légitimité, cette dernière provenant des élections nationales. C’est un ministre d’un pays balte qui se plaint de ne pas avoir le temps de s’occuper des difficultés dans son propre pays, car il doit venir aux réunions de l’Eurogroupe. Ces ministre n’en peuvent plus de ces réunions, qui concernent un sujet pour lequel ils n’ont pas été élus. Et réciproquement, les élus de l’Europe n’ont pas leur mot à dire.

L’Europe intergouvernementale, dont les ministères des finances sont les premiers représentants, est morte samedi et dimanche; elle était déjà dans le coma depuis longtemps.
Les européens convaincus, mais aussi tous les démocrates, doivent être offensifs. Les traités doivent changer pour mieux valoriser la Commission Européenne et un parlement européen de la Zone Euro. « Our time is running out » comme dirait le groupe Muse.

article publié initialement sur le site de Sauvons l’Europe (http://www.sauvonsleurope.eu/leurope-est-morte-hier/)

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A propos Benoit Bloissere

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