Un défaut de la Grèce sans la sortie de l’Euro ?

Si la Troïka refuse un compromis, Tsipras, en cas de victoire, aura comme seule solution le bouton nucléaire du défaut. Or le refus de compromis semble être la ligne actuelle de la Commission.

La conclusion logique d’un tel défaut est-elle la sortie de l’Euro, comme il l’est écrit sur le blog Juste histoire de l’écrire ?
Un scénario atypique pourrait-il voir le jour : un défaut partiel, mais un maintien dans l’euro ?

Tout d’abord, il faut rappeler que le défaut a plusieurs niveaux. Il peut être complet avec une annulation intégrale de la date ou partiel. Ce défaut  peut être explicite selon une étude de la banque d’investissement Natixis ou être un rééchelonnement. Dans cette dernière situation, le niveau d’endettement reste le même, mais les taux d’intérêts sont réduits.

Face au bouton nucléaire d’un défaut complet, la sortie de l’Euro serait, effectivement, la seule possibilité. Mais, Tsipras pourrait appuyer sur le bouton nucléaire, mais de manière extrêmement soft : rééchelonnement avec allongement de la durée de vie des titres, diminution des intérêts mais sans remise en cause du niveau de l’endettement. Cette solution conduirait à maintenir l’exigence d’une forte rigueur sur le budget public, car l’impossibilité du recours au marché conduit à la nécessité d’un excédent primaire. La hausse du Smic promise par Tsipras ne pourrait pas concerner le secteur public !

La BCE se porterait volontaire sur le second marché pour racheter la dette publique grecque et protéger les épargnants. La dette grecque serait, de facto, publique. Les conséquences sur les marchés seraient limitées à court terme, mais la méfiance entraînerait une très forte hausse des taux d’intérêts pour le secteur privé en Grèce et sur la dette publique des autres pays en difficultés (Espagne, Portugal…). Cependant, la BCE est plus active qu’en 2009 et elle interviendra bien davantage pour éviter toute volatilité sur les titres espagnols ou portugais.

Face à ce simple rééchelonnement, la Commission ne pourra pas rester inerte. La possibilité d’une « guerre froide interne » serait envisageable. La Grèce ne bénéficierait plus des fonds structurels. Ses droits de vote seraient suspendus au Conseil. Le BCE ne rachètera plus de titres grecs. Les apparences seraient sauves. La Grèce reste dans l’Euro mais est sanctionnée.

Puis, avec le temps et l’application de certaines réformes structurelles, que Tsipras devra continuer face à la menace du marché, la Grèce reprendrait ses droits au niveau européen d’ici 3 ou 4 ans. On aurait ainsi un réechelonnement (qui aurait du se produire il y a deux ou trois ans), avec pour contrepartie une « sanction démocratique » dans les prises de décisions au niveau européen. La Grèce garderait une forme de souveraineté nationale. Tsipras pourrait se justifier vis-à-vis de son électorat et, de fait, les intérêts seront réduits allégeant ainsi la pression économique de l’austérité. Mais l’impossibilité de recourir au marché financier obligera Tsipras à poursuivre certaines réformes structurelles de gain de productivité et au maintien d’un solde budgétaire équilibré.

L’hypothèse d’une victoire de Tsipras n’est pas encore assurée, puisque que Syriza n’est crédité « que » de 33 % et non de 50 %.

Avec une victoire de Tsipras, 3 scénarios se dessinent : le scénario du compromis, le scénario nucléaire ou le scénario de rééchelonnement avec maintien dans l’Euro.

Le scénario du compromis comprendrait une restructuration légère de la dette publique, une légère hausse du SMIC ou une meilleure protection pour les populations grecques les plus fragiles. La mise en place d’une allocation chômage au niveau européen, préconisée en son temps par Moscovici lorsqu’il était à Bercy permettrait aussi d’alléger la pression de l’austérité sur les populations grecques les plus fragiles. Ce scénario est le meilleur des scénarios. Il implique un courage politique de la Commission face à la position des allemands et pour accepter un changement de paradigme. Il faut noter la formulation de Pierre Moscovici : « des réformes favorables à la croissance ». Ces termes sont flous, car il peut s’agir de réformes libérales. Mais une certaine restructuration des dettes peut aussi permettre davantage de croissance. Une augmentation coordonnée des salaires au niveau européen est favorable à la croissance. Cette formulation peut éventuellement être une manière de laisser la porte ouverte à ces scénarios.

Le scénario « bombe nucléaire » du défaut complet est celui d’un choix politique porteur de très grands risques. Oui, on peut considérer, à l’instar de Krugman, que faire la monnaie unique était une erreur. Mais, parfois, corriger une erreur peut être une faute bien pire encore, surtout en période de lutte contre le réchauffement climatique ou face à des conflits où l’union entre les Etats européens la plus forte possible est indispensable.

Le scénario « guerre froide » serait négatif sur le plan politique et porteur de risques, mais aurait également des conséquences positives puisque le coût de la dette publique serait allégé en Grèce, tout en évitant la crise liée à une sortie de l’Europe… De plus, l’intervention de la BCE pourrait limiter les conséquences négatives.

L’intelligence politique devrait conduire la Commission à se taire en cette période d’élection et à réfléchir à un nouveau compromis avec la Grèce (même si la droite gagne) et l’ensemble des pays en difficulté. Le compromis, c’est l’Europe. Le compromis, c’est la paix.

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A propos Benoit Bloissere

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2 commentaires pour Un défaut de la Grèce sans la sortie de l’Euro ?

  1. arthurcolin dit :

    Très bon, mais pourquoi la sortie de la grèce de l’euro serait inévitable en cas de défaut? Tant qu’ils sont en excédent primaire c’est un choc politique énorme, mais après? Cf mon point trois:
    http://www.sauvonsleurope.eu/que-faire-de-la-grece/

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