Quelle politique du temps libre ? Relisons Keynes !

Keynes avait totalement raison (comme d’habitude).

Keynes

Keynes a totalement raison. Attention, je ne vais pas parler de « keynesianisme économique » et de relance.

Ici, je parle du Keynes Politique, celui qui a perçu les dangers des conditions exorbitantes imposées à l’Allemagne pour réparation de guerre :

Si ce que nous visons intentionnellement, c’est l’appauvrissement de l’Europe centrale, la vengeance, j’ose l’affirmer, sera terrible. Rien ne pourra alors retarder très longtemps l’ultime guerre civile entre les forces de la réaction et les convulsions désespérées de la révolution, en comparaison desquelles les horreurs de la dernière guerre allemande seront peu de choses, et qui détruira le vainqueur quel qu’il soit, la civilisation elle-même et le progrès de toute notre génération » Keynes, 1919, The Economic Consequences of the Peace.

14 ans après ce texte, Hitler arrivait au pouvoir et l’on en connait les funestes conséquences.

Je parle, encore, du Keynes, anticipateur :

Aux États-Unis la production industrielle par tête était en 1925 plus élevée de 40 % qu’en 1919. En Europe, s’il est vrai que nous sommes retardés par des obstacles temporaires, il n’en reste pas moins que la productivité technique croît de plus de 1 % l’an à taux cumulatif.

Dans quelques années tout bonnement – je veux dire: du vivant de notre génération- il se peut que nous réussissions à effectuer toutes les opérations agricoles, minières et industrielles nécessaires avec seulement le quart de l’effort humain que nous avons été habitués à leur consacrer. [Ainsi, aujourd’hui, les gains de productivités permettront à environ 1 millions d’agriculteurs de produire de la nourriture pour plus de 60 millions d’habitants].

Supposons donc, simplement pour concrétiser notre raisonnement, que dans cent ans d’ici nous serons tous, en moyenne, dans une situation économique huit fois meilleure qu’à présent.
A coup sûr, il n’y a vraiment pas de quoi nous étonner ici. [effectivement, entre 1950 et 2010, le PIB a été multiplié par plus de 5].

Et j’en arrive maintenant à ma conclusion qui va vous paraître, j’imagine, de plus en plus saisissante à mesure que vous y réfléchirez. Cette conclusion est que, à supposer l’absence de grandes guerres et d’importants progrès démographiques, le problème économique peut être résolu, ou que sa solution peut au moins être en vue, d’ici à cent ans. Ce qui veut dire que le problème économique n’est point, pour le regard tourné vers l’avenir, le problème permanent de l’espèce humaine. [Ainsi, aujourd’hui, les difficultés alimentaires ne sont pas aux liées aux manques de production, mais aux inégalités. La crise récente a, ainsi, fait augmenter le taux de pauvreté des enfants. Mais dans le même temps, le gaspillage alimentaire atteint 1,2 millions de tonne.]

Pourquoi est-ce donc si saisissant, pouvez-vous vous demander? Cette conclusion est saisissante parce que, si nous scrutons le passé au lieu de scruter l’avenir, le problème économique, la lutte pour la subsistance nous apparaissent comme ayant toujours été jusqu’ici le problème primordial et le plus pressant de l’espèce humaine.

[Comme] le problème économique est résolu, [celle de la subsistance], l’humanité se trouvera donc privée de sa finalité traditionnelle.

Ainsi, pour la première fois depuis sa création, l’homme fera-t-il face à son problème véritable et permanent : comment employer la liberté arrachée aux contraintes économiques? Comment occuper les loisirs que la science et les intérêts composés auront conquis pour lui, de manière agréable, sage et bonne?

Il se peut que la détermination et l’effort acharné des faiseurs d’argent nous transportent tous avec eux dans le giron de l’abondance économique [, avec, par exemple, de la publicité pour nous inciter à consommer des biens inutiles comme les Iphones].

A en juger par le comportement et les exploits des classes riches aujourd’hui dans n’importe quelle région du monde, la perspective de ce qui nous attend est très déprimante. Car les gens appartenant à ces classes sociales sont en quelque sorte notre avant-garde, les éclaireurs qui explorent à l’intention de nous tous la terre promise et y plantent leur tente. Or, il me semble que la plupart de ces gens qui ont un revenu indépendant mais ni liens, ni obligations, ni solidarité avec leur prochain, ont échoué lamentablement devant le problème qui leur était posé. 

Trop heureux d’avoir encore de petites tâches, obligations et routines, nous ferons par nous-mêmes beaucoup plus de choses que ce n’est généralement le cas aujourd’hui chez les riches. Mais, au-delà, nous nous efforcerons de faire des tartines de beurre en faisant les tranches de pain aussi fines que possible, et la quantité de travail qu’il sera encore nécessaire de faire, nous nous arrangerons pour que le plus grand nombre d’entre nous en ait sa part. Trois heures de travail chaque jour par roulement ou une semaine de quinze heures peuvent ajourner le problème pour un bon moment. En effet, trois heures par jour font une ration suffisante pour assouvir le vieil Adam chez la plupart d’entre nous.

 

Aujourd’hui, comment avons-nous commencé à résoudre ce problème de l’occupation du temps, qui n’est plus consacré à produire les biens de base :

Création de nouveaux besoins : le temps de travail n’a, ainsi, pas été réduit à seulement à 15 heures par semaine, mais à 35 heures.

Chômage pour 4 millions de personnes : envoyer des lettres de motivations, faire des CV et se battre contre Pôle Emploi est une vraie occupation…

Vacances : Tourisme, découverte des études

Télévision : Un million d’audimat pour Touche pas à mon Poste

Séries télévisées : Plus de 10 millions de vidéos en streaming

Bricolage, jardinage, cuisine : 800 € de dépenses annuelles dans le bricolage par an

Associatif et bénévolat : Plus de 14 millions de bénévoles

Culture, spectacle, art : 8,8 milliards d’euro de valeur ajoutée dans le spectacle vivant

Débattre sans fin pour des sujets sans enjeux : affaire Willy Sagnol, affaire ZAZ et la « certaine forme de légereté ».

Se foutre sur la gueule : un « Bamboula » éjecté d’un train, un lycéen qui se prend un extincteur. Ca occupe de se foutre sur la gueule.

S’engager, en dehors du champ traditionnel des partis politiques : lutte contre Sievens, Mariage  pour Tous. Les formes d’engagements, sur des thèmes précis plutôt qu’auprès d’un parti politique, ont le vent en poupe.

Manifester et se battre pour son intérêt personnel : cette occupation est positive (limiter les licenciements dans une entreprise) ou négative si cela met en danger l’entreprise.

La meilleure de toutes les occupations : tenir un blog :>)

Reprendre des études ou les prolonger

L’occupation du temps libre est, donc, un enjeu de politique publique et pose de multiples questions politiques :

=> Quel moyen et, surtout quelle culture ?

=> Peut-on, doit-on, mieux contrôler la qualité des émissions télévisées ?

=> Quelle culture sur tout le territoire ?

=> Faut-il être si productif au travail ? En effet, cela permettra d’avoir moins de temps libre.

=> Faut-il laisser la publicité orientée notre consommation et nos loisirs ?

=> Comment financer les coûts liées à cette occupation du temps ?

=> Comment valoriser le bénévolat ?

=> Quel partage du temps de travail ?

=> Quel tourisme ?

Un élément de réponse nous est donné par Philae : avoir un objectif commun, c’est vouloir travailler ensemble dans une même direction, c’est vouloir occuper son temps (libre ou de travail) dans une même direction.

Sans objectif commun, l’individualisme reprend le dessus.

Pire, sous Sarkozy, la volonté de cliver la société a entraîné l’occupation suivante : le conflit.

M. Hollande, vous avez donné un objectif aux organisations patronales et syndicales : négocier dans les branches et discuter pour réformer la France dans une direction commune.

Mais quel objectif commun pour les citoyens Français et la France ?
Le service civique universel que vous avez annoncé doit s’inscrire dans cette question, et doit, concerner l’ensemble des résidents Français et pas seulement les jeunes.

Sources sur Keynes :

http://www.les-crises.fr/keynes-perspectives-eco/

http://www.pauljorion.com/blog/2014/08/02/labsence-de-rancoeur-de-keynes-vis-a-vis-de-lallemagne/

Sources diverses sur les occupations des Français

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140103trib000807739/la-culture-contribue-sept-fois-plus-au-pib-que-l-industrie-automobile.html

http://www.associations.gouv.fr/75-le-benevole.html

http://www.fmbricolage.com/page?n=40

http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/07/03/telechargement-et-streaming-de-films-et-series-ont-bondi-en-france-en-2013_4449792_4408996.html

http://www.ozap.com/actu/record-d-audience-historique-pour-touche-pas-a-mon-poste-sur-d8/452693

http://www.vice.com/fr/read/tourisme-et-narcissisme-199?utm_source=vicefbfr

 

 

 

 

 

 

 

 

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A propos Benoit Bloissere

Mon compte twitter : https://twitter.com/ben_economics
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2 commentaires pour Quelle politique du temps libre ? Relisons Keynes !

  1. Didstat dit :

    Bon billet. Si l’emploi du temps vous intéresse, il y a un dossier issu de l’enquête « éponyme » dans l’ouvrage France Portrait Social de l’Insee

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