Au secours, la déflation est là! Vraiment ?

Au secours, la déflation est là !!! Vraiment ? Laquelle ? Est-ce grave ?

Le brillant Bloggueur Nicolas Gonzales écrit un article sur la déflation et la nécessité de mettre les économistes de bazar à la cave. A-t’il raison d’être si inquiet et de prôner la création d’une monnaie commune, pour remplacer notre monnaie unique ?

Effectivement, l’Insee note une baisse des prix en juillet. Dans le détail, les prix alimentaires et le textile ont diminué : effet calendaire classique. Sur un an, les prix sont toujours orientés à la hausse : + 0,5 %.

Un autre indice des prix a été créé afin de ne pas prendre en compte certains biens dont les variations de prix sont fortes : c’est l’indice d’inflation sous-jacente. Cette fois, davantage d’inquiétude, l’évolution annuelle est de seulement 0,1 %. Mais, l’indice d’inflation sous-jacente progresse lors du dernier mois. Au niveau national, il est très prématuré d’affirmer que nous sommes dans une zone de baisse de prix.

Mais, si l’on regarde le chiffre de la zone Euro. C’est la panique : nous sommes vraiment en déflation ! L’indice des prix européens diminue de 0,7 % au mois de juillet. Regardons les années 2012 et 2013, l’ICPH de la zone euro était déjà en baisse de 0,5 %. Ouf, c’est donc un effet classique pour un mois de juillet dans la Zone Euro. Nous ne sommes pas en déflation, c’est juste que, attention, scoop : les fruits et légumes coûtent moins chers en été qu’en hiver.

Donc les prix ne baissent pas et nous ne sommes pas en déflation.

Néanmoins, les évolutions récentes sont claires et les prévisions de la BCE indiquent une inflation très basse : environ 1% pour 2014, 2015 et 2016. En septembre 2013, la BCE prévoyait une inflation à 1,3 % pour l’année 2014. Elle a abaissé sa prévision à 0,7 %. La tendance est bien à une diminution de l’inflation, sans pour autant rentrer dans une zone de stabilisation des prix ou de baisse des prix. En décembre, l’Insee prévoyait une hausse des prix de 1,1 % au lieu des 0,5 % observé. L’inflation diminue.

De manière générale, Il ne faut pas confondre déflation (indice des prix en baisse) avec absence d’inflation. Une ancienne tribune des Echos parlent d’aflation : situation où l’indice des prix ne varie pas.

Nous risquons de nous rapprocher d’une situation d’aflation et de diminution évidente de l’inflation. Mais les prix progresseraient toujours modérément.

Passons en revue, différentes raisons d’une diminution des prix ou d’une diminution de l’inflation.

  • Le libre-échange : L’accroissement de la concurrence avec l’ouverture sur l’extérieur est une pression pour les producteurs, ce qui les incite à réduire les prix. Un euro fort peut contribuer à accroître cette concurrence issue de l’extérieur, car les produits étrangers coûtent moins chers en euros. La zone Euro a signé des accords de libre-échange ces dernières années (Canada, Corée du Sud). Ces accords de libre-échanges ont pu accroire la concurrence et réduire les prix. Au sein de l’Europe, la création de la monnaie unique, l’absence d’harmonisation fiscale et l’élargissement à l’Est ont contribué à une concurrence sur les salaires et, donc, à la désinflation. De ce point de vue, comme le dit Nicolas Gonzales, l’euro est donc bien un « facteur déflationniste ». Néanmoins, je m’étonne . n’était-il pas dit que l’Euro avait créé de l’inflation lors de sa création ? De surcroît, l’inflation entre 2001 et 2009 a été comprise entre 1,5 et 3 % en zone Euro.
  • Une concurrence accrue : La montée en gamme des génériques peut expliquer la diminution du prix des produits manufacturiers dans le domaine de la santé. La volonté du Gouvernement de s’attaquer à certaines professions réglementées pourra également réduire l’inflation.
  • La déflation importée : L’Euro fort a pour conséquence une baisse des prix importés. C’est l’un des avantages d’un Euro fort. La facture pétrolière en est réduite d’autant.
  • Une baisse des coûts de production : depuis maintenant 2 ans, le CICE a permis une diminution de près de 3 % du coût du travail. Environ les deux tiers de cette diminution seraient répercutées dans une baisse des prix selon des hypothèses de l’OFCE. L’inflation est donc réduite avec le CICE depuis 2012. De même, le coût du capital se réduit, avec une diminution des taux d’intérêt. Un Euro fort permet également de limiter le coût des consommations intermédiaires produites à l’étranger.
  • Des progrès technologiques, innovation : le développement de la vente par internet pour certains biens manufacturiers contribue à la baisse des prix.
  • Prophétie auto-réalisatrice : c’est la crainte majeure du moment. Les consommateurs attendent une baisse du prix. Ils reportent donc leur consommation. La croissance se réduit encore et les prix diminuent. Franchement, qui peut croire à une telle hypothèse tant que les prix diminuent de moins de 1 %. J’attendrais un an pour économiser 100 euros sur l’achat de ma voiture à 10 000 Euros ? Très franchement, je n’y crois absolument pas. Une note de Bercy note « qu’’il est difficile de déterminer à quel moment une baisse des prix peut évoluer en spirale déflationniste ».
  • Une baisse conjoncturelle de l’activité et de la consommation : une très faible demande entraîne une baisse des prix. Nous sommes dans cette situation où la hausse de la TVA ne s’est pas du tout retrouvée dans la hausse des prix. Les consolidations budgétaires réduisent l’activité et limitent ainsi l’inflation.
  • Une politique européenne de droite pour résoudre les difficultés. Je reprends ici une phrase du billet de blog de Nicolas Gonzales en la corrigeant légèrement. « c’est précisément pour résorber ces déséquilibres internes, creusés par l’euro et une inertie européenne, que la Droite Européenne a mis en place les plans d’austérité et de baisse du coût du travail ! La droite Européenne est donc bien un facteur déflationniste massif. » Il faut quand même rappeler que les sociaux-démocrates appelaient une remise des dettes publiques bien plus forte en Grèce, afin de laisser davantage de temps à la consolidation budgétaire ou à la création d’Eurobond pour réduire les coûts de la dette publique. L’effet déflationniste en aurait été réduit.
  • Le vieillissement : cette cause est souvent oubliée. Mais les actifs de 40 à 60 ans ont plutôt un comportement d’épargnants que de consommateurs. Un continent avec une forte proportion de cette classe d’âge serait plutôt peu consommateur. Le vieillissement contribue à l’atonie générale de la demande et donc à la faiblesse des prix. En présence d’incertitudes sur les systèmes de retraite, les agents peuvent épargner davantage, réduisant d’autant la consommation. Cette explication va s’accroître avec le vieillissement de notre continent. A ce stade, il est évidemment bien trop tôt pour déterminer la part du vieillissement de la population dans la baisse de l’inflation. Mais ce vieillissement et la réduction de la population active aura évidemment un impact sur notre capacité productive et sur la demande.

Pendant 15 ans, voire plus, nos gouvernants ont surestimé la croissance dans leur budget prévisionnel et sous-estimé les déficits, afin d’endormir la Commission Européenne et l’opinion. Cela permettait un discours du type « mais rassurez-vous le déficit va se réduire, il n’y pas besoin de faire des réformes ». Les deux gouvernements du Président Hollande s’attellent à faire ces réformes, qui permettront de réduire les déficits (publics et commerciaux). Ces réformes ont des conséquences négatives à court terme. Il est donc très important de ne pas tomber dans l’excès inverse en surestimant les risques et en criant à une déflation.

Mais oui, nous rentrons dans une zone de très faible inflation pour des raisons de baisse de coût du travail (Pacte de responsabilité après le CICE), car le gouvernement va s’attaquer à des professions réglementés et donc accroître la concurrence dans certains domaines et car la demande va reste atone sous l’effet de la consolidation budgétaire. Ces éléments sont conjoncturels. De plus, la baisse continue de la croissance observée depuis les années 1980 risque de se prolonger, limitant d’autant l’inflation.

L’impact du vieillissement de la population sur nos sociétés est l’inconnue majeure des modèles économiques conjoncturels…

La réaction européenne sera le point clé : une relance de 300 milliards d’investissement serait souhaitable, comme indiquée par Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la commission Européenne. Cette annonce est la conséquence du compromis politique avec les sociaux-démocrates, renvoyant ainsi définitivement dans leur corde ceux qui appelaient à l’abstention aux élections européennes (coucou le MRC). Ce montant représente 1,7 % du PIB de l’Union Européenne. Est-ce suffisant ? Certainement pas, mais c’est un début.

L’autre solution à mettre en place est une hausse des salaires différenciée suivant le déficit commercial. Un pays est en déficit commercial si ses exportations sont plus faibles que ces importations. C’est le cas de la France (70 milliards). En Allemagne, c’est l’inverse : l’excédent commercial est très fort et représente 5% du PIB.

Un pays en déficit commercial laisserait ses salaires inchangés. Un pays en situation d’équilibre les augmenterait légèrement (2 %, comme la cible d’inflation de la BCE). Les pays en excédent commercial les augmenteraient fortement (10 %). Ainsi, les pays en difficulté gagneraient en compétitivité sans réduire le pouvoir d’achat de leur citoyen. Les pays en excédent réduiraient leur avantage commercial et donc leur excédent. Aujourd’hui, les pressions se font de plus en plus forte pour que l’Allemagne augmente ses salaires (même la Commission Européenne le demande !). La mise en place d’un Smic est une première étape. Cette solution s’inscrit dans un autre débat. Faut-il augmenter la cible d’inflation de la BCE ? Le Chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, préconise ainsi une cible à 4 % contre 2 % aujourd’hui.

Les 300 milliards d’investissement par l’Union Européenne compenseront, partiellement, les effets de la consolidation budgétaire dans les pays en déficit. La hausse des salaires en Allemagne et les mesures de compétitivité en France, en Espagne et en Italie réduiront les déséquilibres commerciaux au sein de la zone Euro. Oui, les Etats-membres ont perdu en souveraineté, mais non, il n’y pas de raison d’être si inquiet sur l’aggravation de la situation. En effet, enfin, aujourd’hui, en 2014, nous pouvons affirmer que des solutions vont être prises à court terme au niveau européen.

Cela n’empêche nullement d’être très inquiet car la situation est déjà très mauvaise… Mais elle ne s’aggravera pas et créer une monnaie commune ne nous empêchera pas de faire des réformes de structure et de réduire notre déficit.

Sources :

Taux d’intérêt pour le secteur privé en diminution

https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/Economie_et_Statistiques/Changes_et_Taux/qs.d.prlt.csv

La déflation : quels risques ?

http://www.tresor.economie.gouv.fr/File/401670

Quel impact pour le CICE ?

http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/revue/6-126.pdf

300 milliards d’investissement en Europe

http://www.lesoir.be/599804/article/actualite/union-europeenne/2014-07-15/juncker-annonce-300-milliards-d-euros-d-investissement-pour-l-emploi-et-cro

La Commission Européenne demande une hausse des salaires en Allemagne

http://www.lalibre.be/economie/actualite/la-commission-europeenne-juge-indispensable-une-hausse-des-salaires-en-allemagne-53ef6e2f3570667a6393a330

Faut-il une cible d’inflation à 4 % dans la zone Euro ?

http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/02/23/l-economie-mondiale-a-t-elle-besoin-de-plus-d-inflation_1310146_3234.html

Parce que je trouve que le blog de Nicolas Gonzales est très bien, je vous conseille cet autre article avec des propositions pour la Gauche de demain, avec les quelles je suis d’accord à 90 % :
http://nicolasngonzales.tumblr.com/post/84271615656/de-labstention-au-plan-de-stabilite-a-la-gauche-de

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A propos Benoit Bloissere

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3 commentaires pour Au secours, la déflation est là! Vraiment ?

  1. Nicolas dit :

    On est d’accord et tout ça. Je rajouterais deux points pour jouer au chieurs.

    Le premier qui me tient à cœur sur mon blog par période. Ça fait 20 ans qu’on nous fait chier avec l’inflation parce que les braves gens comprennent ou croient compre
    ndre. En fait l’inflation nuit à ceux qui ont du pognon.

    Le deuxième : je me demande si les lascars qui parlent de cette monnaie commune savent vraiment de quoi ils parlent. Je me positionne ici en tant que technicien pas économiste.

    • Nicolas dit :

      (Oups ! Ma dernière phrase est mal branlée et pourrait laisser croire que je me prends pour un économiste : ce est pas le cas).

    • sur le point 1 : totalement d’accord avec toi, sous réserve que les salaires soient indexés sur les prix (mais, c’est tout de même généralement le cas, puisque l’inflation sert, globalement, de base à la négociation salariale).

      sur le point 2 : tu as raison, car certains y ont réfléchi sérieusement mais d’un point de vue économique. Ainsi, des économistes de la sphère Chevenementistes ont écrit près de 90 pages sur le sujet à partir de modèles (
      http://www.fondation-res-publica.org/etude-euro/)
      Mais, le « techniquement comment on fait » ne semble pas aborder.

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