Le Fn, premier parti de Gauche ?

Le FN serait-il un parti de Gauche ? Houla ! Choquant, non ?

C’est pourtant la thèse d’un très bon article disponible sur le blog de la section PS de l’ENS.  J’en fais ici un résumé commenté en reprenant des paragraphes (les passages en italiques).

Il commence par un constat cruel sur l’assise électoral de la Gauche, qui n’existe tout simplement plus :

La sociologie électorale est formelle. Les quelques bastions de résistance du vote de gauche, sous toutes ses formes, demeurent les centres de grandes métropoles, où la bourgeoisie se pique d’ouverture au monde et d’attention aux différences sociales, ou en tous cas culturelles. Dans le pays, à l‘exception d’une partie de la fonction publique, notamment le corps enseignant, la gauche ne semble plus exister.

Il explique ce phénomène car le Front National serait, en fait, à comptabiliser dans les partis de Gauche ! En effet, certains thèmes défendus par Le Pen et les électeurs de ce parti devraient le classer avec la Gauche :

Comprenons-nous bien, pour nous le parti de Marine le Pen est un parti d’extrême droite, mais si l’on considère la sociologie de son électorat et les thèmes que celui-ci met en avant depuis la mue de la dédiabolisation, c’est-à-dire le retour de l’Etat comme expression et garant de l’intérêt général face aux puissances du marché, aux experts technocratiques ou aux volontés communautaristes, le FN est, en apparence du moins, le premier parti de gauche de France.

Sa première explication est la perte totale de crédibilité des partis en place :

A ce paradoxe désarmant, il faut ajouter une réalité plus prosaïque, à savoir le discrédit des forces politiques rendant de facto inaudible leur discours et leur stratégie. Ce discrédit a des causes structurelles sur lesquelles rien ne sert d’épiloguer. Tout le monde aura compris que quand, PS en tête, on promettait l’Europe sociale de la croissance lors du référendum sur Maastricht, pour ne prendre que cet exemple parlant, 20 ans de montée de la désindustrialisation et du chômage plus tard on ne peut qu’en payer le prix.

Il cite une autre explication, que je partage toujours. L’absence de discours explicatif du monde chez les partis de Gauche est en cause :

Mais si l’on veut élargir notre horizon de compréhension, il nous faut alors dire que ce discrédit provient essentiellement d’une absence, ou plutôt d’une disparition, du caractère politique de ces mouvements. Aux grands récits explicatifs du monde portés par des hommes d’exception se sont substitués des discours de gestion méprisants tenus par des ambitieux sans épaisseur, ou du moins perçus comme tels.

Alors que faire ? La Gauche doit, tout d’abord, faire son auto-critique. Je souscris totalement à ce premier constat. Non, l’état de la France aujourd’hui, ce n’est pas seulement à cause de la méchante droite qui a été au pouvoir pendant 10 ans. La gauche est également responsable. Ensuite, elle doit repenser le Monde et la pensée sociale-démocrate doit se rénover.

La gauche doit faire le bilan critique de son action et de ses 30 voire 50 dernières années, et repenser son identité en fonction de sa composante républicaine.

Cela signifierait pour elle d’abandonner l’entre soi technocratique et son langage, qui lui a désappris à regarder le monde tel qu’il est, dans lequel les nations persistent et le capitalisme prédateur triomphe. Elle doit proposer un nouveau projet d’Union Européenne, une union véritablement démocratique qui permettrait effectivement aux nations du vieux continent de se renforcer mutuellement en se protégeant.

Pour sa conclusion,  il considère que le moteur premier est le discours national et non le discours de classe. J’ai envie de nuancer son discours, voire de m’inscrire en faux. Si l’on regarde l’histoire sur un temps long, on peut voir que les destins de communauté s’agrandissent au fur et à mesure. On se faisait la guerre entre clans, puis les clans se sont alliés pour se faire la guerre entre territoires. Les territoires se sont unis pour faire des nations. Les nations se sont fait la guerre. Les nations se sont unies, ce qui a permis de construire l’Europe. Certes, il faut sortir du discours « le socialisme est un internationalisme », mais considérer que la Nation prime sur tout est, me semble-t’il, une erreur.

Pour cela, le premier impératif est la prise en compte de l’inanité de son discours supra national.

La mise en avant du social démocrate Allemand Matin Schultz pendant la campagne en est le meilleur exemple. Voilà un homme dont le parti gouverne avec celui de Mme Merkel, qui n’a jamais exprimé de désaccords fondamentaux avec le candidat libéral à la présidence de la Commission M Juncker et dont le PS a voulu faire le héraut de l’opposition à l’austérité et de l’amitié entre les peuples par delà les frontières, alors même que la dernière semaine de campagne outre rhin était rythmée par les slogans de son parti : « Si vous voulez un allemand à la tête de la commission, votez SPD, votez Schultz ». Quel meilleur exemple que celui ci pour marquer l’aveuglement du socialisme français ?

Les socialistes redécouvrirent tristement que « le moteur de l’histoire demeurait la nation et non pas la classe » comme le dit si justement l’historien israélien Zeev Sternhell. 100 ans après, il semble que les socialistes n’ont toujours pas retenu la leçon…

Un autre élément de réponse à cette conclusion est donné dans une tribune publiée par Libération (écrite par Gaël Brustier, Fabien Escalona et Mathieu Vieira) :
L’échec actuel de la gauche ne réside pas tant dans ses positionnements respectifs sur l’économie ou les questions de société, que dans son incapacité à donner une explication de ce processus en résonance avec l’expérience quotidienne des citoyens, et une perspective de progrès humain à partir de ce réel devenu intelligible.

Ainsi, le problème n’est pas que le PS ne parle pas de nation, mais bien qu’il ne fait pas le lien entre la thématique nationale, les enjeux sociétaux, la précarité et la crise économique.

La version complète est à lire ici :
http://www.ps-ens.org/?p=1038

Sur la nécessaire rénovation de pensée sociale-démocratie, un post précédent sur ce blog :
https://economieeteurope.wordpress.com/2014/05/27/le-parti-socialiste-na-jamais-ete-socialiste/

La tribune de Libération :
http://www.liberation.fr/politiques/2014/06/18/gauche-la-bataille-contre-l-hegemonie-droitiere_1044619

 

Publicités

A propos Benoit Bloissere

Mon compte twitter : https://twitter.com/ben_economics
Cet article, publié dans Gauche, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Le Fn, premier parti de Gauche ?

  1. didiergoux dit :

    Votre vision de l’histoire est très amusante. Totalement erronée mais très amusante. L’Empire romain, ça vous dit quelque chose ? Et Charlemagne ? Et Frédéric II ? Et Charles Quint ? Les nations se sont construire non par agrégats, mais par dissolution : celle de l’Empire de Rome, précisément, que l’on s’évertue depuis à reconstituer, plus ou moins consciemment. L’UE n’est peut-être que le dernier avatar de cette tendance profonde.

    En tout cas, par une pure coïncidence, c’est le sujet de mon billet de ce soir…

    • Je raisonne sur un temps très très très long.
      Et vous sur un temps « seulement » long.
      en tout cas, je vais lire avec beaucoup d’attention votre billet afin que ma pensée s’affine sur le sujet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s