Le Parti socialiste n’a jamais été socialiste

Les articles annonçant la fin du Parti socialiste ont été nombreux après les élections municipales. Ils ont un défaut majeur : ils ont totalement raison. Le Parti Socialiste dans sa forme actuelle de parti d’élus vient de mourir en l’espace de 15 jours : suppression des départements, division par deux du nombre des régions et déroute aux municipales.

On va commencer ici par tordre le cou à un concept foireux : le socialisme municipal. Il s’agit juste d’une gestion correcte au service des habitants. Une gestion correcte au service des habitants, c’est quoi ? Gérer est l’antithèse du socialisme. Etre au service des habitants (crèche, Hlm, transports en commun), c’est le service public et le progrès pour les habitants. Le progrès au service des habitants financé par l’impôt, c’est une des composantes de la sociale-démocratie. Il n’y a donc pas un socialisme municipal, mais une sociale-démocratie municipale.

Commencer par ce point permet, et je vais l’écrire en gros, pour que tout le monde le comprenne bien :

Le PARTI SOCIALISTE EST UN PARTI SOCIAL-DEMOCRATE PRO-EUROPEEN.

Tous les alliés européens du PS sont social-démocrate. Martin Schulz n’est absolument pas un révolutionnaire et c’est notre candidat commun pour la présidence de la Commission Européenne.

Si vous n’êtes pas d’accord avec cette ligne, cela ne sert à rien de rester au Parti socialiste en espérant peser sur la ligne. Vous pouvez rejoindre le Mouvement républicain et Citoyen, Nouvelle Donne, le Front de Gauche. Vous pensez qu’un déficit de 5 à 6 % n’est pas un problème, comme Pascal Cherki ? Rejoignez le Front de Gauche. C’est le constat de Laurent Pinsolle qui pointe les colères stériles de la Gauche du PS.

Nous ne sommes socialistes que pendant nos congrès et en période de campagne électorale. Nous prétendons que nous réorienterions l’Europe, seuls, juste en montrant nos muscles et en tapant du poing sur la table, seulement pendant les congrès ou pour faire la leçon au gouvernement. D’ailleurs, lors du vote interne sur notre positionnement vis-à-vis du traité constitutionnel, le vote Pour l’a emporté à 60 %.

Changer le nom du Parti socialiste ne serait donc pas une révolution, mais seulement une manière d’acter ce qui est déjà le cas depuis 1983.

Mais acter ce qui existe ne suffira pas au Parti socialiste pour repartir du bon pied : il devra rénover la pensée sociale-démocrate. Mais, il devra aussi continuer les combats non aboutis de la sociale-démocratie : le progrès pour tous, dans la démocratie.

1) Le nécessaire renouveau de la pensée sociale-démocrate

La nécessaire refondation intellectuelle de la sociale-démocratie pro-européenne dans un monde ouvert

Maintenant la ligne du PS est bien définie, il se pose une question très embêtante : mais est-ce que la sociale-démocratie ne serait-elle pas morte ?

Dès 2007, un bloggeur publiait un article sur Agoravox sur le sujet de la mort de la sociale-démocratie. Selon lui, la social-démocratie est morte : soit on choisit de devenir centriste, soit on devient vraiment à gauche.
C’est, je crois, une erreur. Ce n’est pas « la » social-démocratie qui est morte. C’est « cette » social-démocratie. Il faut donc la rénover.

En effet, la refondation intellectuelle de la sociale-démocratie pro-européenne est nécessaire. Car être social-démocrate dans un monde fermé où les frontières sont quasiment infranchissables, ce n’est pas pareil qu’être social-démocrate dans un monde ouvert avec une liberté des capitaux, des hommes, des services et des biens et où le risque écologique est majeur.
Dans la suite de cet article, on appellera la  « vielle sociale-démocratie », la sociale-démocratie d’avant, quand il y avait encore des frontières, que la croissance était régulière…

Les contraintes, les combats et les choix européens

Nous sommes européens. Nous en acceptons la majeure partie des contraintes. La France, seule, ne pourra pas réorienter l’Europe : il y aura toujours un objectif de « concurrence libre et non faussée ». Il y aura toujours un regard sur des déficits, pour éviter que ces derniers ne dérapent.

Ne pas réorienter l’Europe ne signifie pas que nous devons tout accepter et ne pas avoir de combats au sein de ces grandes lignes.

Je vais poser deux questions simples

  • La concurrence libre et non faussée empêche-t’elle toute politique industrielle ? Cette concurrence libre et non faussée doit-elle vraiment s’appliquer à tous les secteurs ?
  • La liberté des capitaux interdit-elle une taxation de la finance au niveau européen ?

Poser ces questions, c’est naturellement y répondre.

Si le socialisme est un internationalisme, la sociale-démocratie est un humanisme ?

On dit souvent que le socialisme est un internationalisme. (ça doit être une phrase de Jaurés, j’imagine. Je n’étais pas né quand il l’aurait dit, donc je ne me souviens pas).

Au-delà du côté totalement creux et abscons  de cette phrase, kesako l’« internationalisme » ?

Matthias Fekl, qui fait partie, par ailleurs, des jeunes bons et prometteurs du PS, a écrit, dans un article de Blog : « Parce que le socialisme est un internationalisme, l’Europe demeure le seul horizon possible de notre action. ». Je trouve ça profondément léger comme argument. Je suis européen, parce que je suis socialiste. Euh, je confirme, c’est vraiment léger… Certes, c’était en 2010, mais pas de bol pour lui, sur internet, les écrits restent…

Deuxième erreur de cet argument, c’est faire totalement abstraction de ce sentiment d’insécurité culturelle, théorisé par Laurent Bouvent, qui devient un élément important dans le choix du vote.

Je me permets de reprendre un extrait d’une tribune du Monde afin de bien comprendre ce que recoupe ce concept :

« L’identité, l’immigration, le droit de vote des étrangers, la laïcité, le sens de ce que l’on appelle généralement la République sont des thèmes qui se sont installés subrepticement au coeur du débat ces dernières années et dans la campagne présidentielle de 2012 ; souvent de manière détournée, souvent à mi-mot, jamais clairement. ».

Ainsi, justement, l’internationalisme est justement ce qui fait peur, par rapport à ces thématiques culturelles, qui prédominent énormément au moment du vote.

Donc arrêtons d’êtres « internationaliste ». Mais alors quel positionnement pour le PS sur ces sujets liés à notre ouverture au monde ? A l’immigration, à nos interventions en Afrique ? Il faudrait devenir indifférent ?

Évidemment non ! Plutôt qu’un internationalisme, nous pourrions dire que la Sociale-Démocratie est un humaniste. Car comment accepter l’interdiction de l’IVG en Espagne qui mutile les femmes, comment accepter le rejet de l’autre, comment ne pas se sentir proche des tous les hommes/femmes ? Néanmoins, se sentir proche par humanisme ne signifie pas devoir intervenir par internationalisme.

La sociale-démocratie, d’abord une pratique de la démocratie

La sociale-démocratie repose sur une pratique multiple de la démocratie. Tout d’abord, le parlement, le parlement et encore le parlement. Comment accepter cette 5ème république qui repose sur la responsabilité d’un seul Homme et une élection qui cimente toute la vie politique ? Quelle contradiction avec l’idée de la sociale-démocratie et son idée de mise en mouvement collective et de progrès collectif !

Ensuite, la sociale-démocratie, c’est bien évidemment, le compromis, la négociation entre les syndicats et le patronat pour avancer collectivement dans le progrès. Mais, il ne faut pas être naïf, le compromis ne se construit pas tout seul, il ne se construit pas sans la Loi et le soutien politique (car le PS doit avant tout être du côté des plus pauvres, donc de ceux qui n’ont que leur force de travail à offrir : les travailleurs).

Enfin, la sociale-démocratie, et le gouvernement actuel l’oublie trop souvent, c’est aussi s’appuyer sur la société civile, les associations, les ONG qui peuvent aussi porter des propositions, soutenir le changement…

2) La sociale-démocratie actuelle est morte politiquement, mais est-elle vraiment morte intellectuellement ?

La mort politique de la sociale-démocratie : d’abord la preuve de ses victoires

L’autre raison pour laquelle la « vieille sociale-démocratie » est morte électoralement en France, c’est que pour la classe moyenne (celle qui fait le vote), elle a gagné ses combats : le RMI, la santé fortement remboursée, les allocations chômages, l’éducation gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans, un service public très important. Ainsi, aujourd’hui, pour la classe moyenne, la « vieille sociale-démocratie », hier synonyme de progrès, devient, aujourd’hui, symbole de conservatisme : « ne pas toucher au SMIC, ne pas toucher à la santé, ne pas toucher aux allocations… ».

La « vieille sociale-démocratie » n’est pas encore généralisé en France : encore de beaux combats en perspective

Dans le paragraphe précédent, j’ai écrit : « pour la classe moyenne (celle qui fait le vote), elle a gagné ses combats ». Cela signifie aussi que ce n’est pas encore le cas pour tout le monde : classes populaires ou jeunes.

Le premier combat d’une « vieille sociale-démocratie» sera donc de mettre en place le RMI pour le moins de 25 ans. Ne pourrions-nous pas financer un tel RMI pour les jeunes ? Le gouvernement a commencé dans cette voie et c’est une bonne chose, mais que de pincettes !

Autre combat de la « vieille sociale-démocratie », cette fois-ci, qui sera gagné par le gouvernement, accorder une assurance-santé complémentaire à tous. Grâce à l’accord sur le marché du travail, 4 millions de salariés bénéficieront d’une assurance-santé complémentaire via leur entreprise.

La « vieille sociale-démocratie » a encore un avenir en Europe

Certains aspects essentiels de la « vieille sociale-démocratie » ne sont pas vérifiés dans plein de pays européen. Le Smic n’est pas encore obligatoire. Dans certains pays, les allocations chômages sont réduites à la portion congrue ou, encore, l’éducation supérieure y est très couteuse. A ce niveau, les combats de la « vieille sociale-démocratie » restent toujours d’actualité.

Pour l’instant, le Parti Socialiste Européen n’est pas encore obligé de faire sa rénovation intellectuelle : en portant des combats de « vieille sociale-démocratie », il apparaît encore synonyme de progrès pour la classe moyenne et populaire.

C’est tout l’enjeu de cette campagne européenne, faire gagner la « vieille sociale-démocratie » contre le libéralisme austéritaire.

Preuve récente que des combats portés et gagnés par la « vieille sociale-démocratie » en Europe : la directive sur les travailleurs détachés.

Et si la sociale-démocratie était quasiment morte, car elle avait échoué dans son combat premier ?

Le combat premier de la sociale-démocratie, c’est la lutte contre le capitalisme et le libéralisme. La construction Européenne a entrainé le libéralisme des capitaux, une augmentation du dumping social et une concurrence fiscale avec une baisse historique des taux de taxation sur l’impôt sur les sociétés.

De plus, depuis 15, la présidence de la Commission est à droite. Romano Prodi faisait, certes, partie d’une coalition de centre-gauche, mais est membre de la démocratie-chrétienne italienne à l’origine.

Au plan européen, la Sociale-démocratie a réussi à construire l’Europe, échelon pertinent pour lutter contre les ogres soviétiques et américains, et aujourd’hui contre le changement climatique ou le monstre Chinois. En revanche, la sociale-démocrate a échoué dans la mise en place d’un modèle social européen, dans la mise en place d’une sociale-démocratie européenne. La vieille sociale-démocratie a encore de beaux combats à mener au niveau européen. Mais ils doivent être gagnés rapidement, car les forces du repli sur soi pourraient l’emporter si l’Europe ne devenait pas assez vite cet espace de protection nécessaire.

 

 

 

Sources :  http://www.causeur.fr/ps-dsk-hollande,27239

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/socialistes-reveillez-vous-la-31187

http://www.gaullistelibre.com/2014/04/les-coleres-steriles-de-la-gauche-du-ps.html

http://www.lefigaro.fr/emploi/2013/10/01/09005-20131001ARTFIG00242-le-gouvernement-lance-une-sorte-de-rsa-pour-jeunes-decrocheurs.php

http://matthias-fekl.typepad.fr/blog/2010/05/quelles-politiques-de-gauche-dans-un-monde-ouvert-.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/24/comment-la-gauche-gerera-t-elle-l-insecurite-culturelle-revelee-par-le-vote-marine-le-pen_1690482_3232.html

 

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A propos Benoit Bloissere

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4 commentaires pour Le Parti socialiste n’a jamais été socialiste

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