De l’idiotie de faire un bilan après deux ans de mandat

Moi, je ne ferai pas de bilan.
Pourquoi ? Parce que des réformes sont encore en cours. Parce que des réformes déjà votées ne produiront leur effet que dans un ou deux ans (assurance santé complémentaire, tarification sociale de l’énergie…). Parce la droite est majoritaire en Europe, ce qui ne permet pas à Hollande de réorienter l’Europe autant qu’il le veut. Parce que le pacte de responsabilité ne produira ses effets qu’à moyen terme. Parce qu’il y a des promesses qu’il n’a pas tenue, mais est-ce parce que qu’il ne le fera pas ou parce qu’il va le faire en 2015 ou 2016 ?
Parce que la faute d’Hollande, ce n’est pas ce qu’il fait, mais ce qu’il ne fait pas.
C’est d’ailleurs l’un des reproches fréquents « Pis, il est nu sans avoir rien fait ou presque pendant deux ans ! » (blog de Laurent Bouvet). Vous pouvez trouver, à la fin de ce blog, un lien vers un article de blog listant toutes les lois votées depuis mai 2012. Elles sont loin d’être négligeable et j’écrivais en juillet 2013 que certaines d’entre elles étaient même révolutionnaires, si l’on pense au conservatisme de la France. Ainsi, les réformes sont peu critiquées en soi. C’est le fait qu’elles sont totalement insuffisantes par rapport aux enjeux. C’est vrai.
Je ne fais pas son bilan, parce que ses fautes sont celles de Sarkozy, celles de la Gauche avec une construction européenne bancale (acte unique, Maastricht, traité de Nice, élargissement) et celles de Chirac et de son immobilisme.
Sur le bilan Européen de la Gauche, c’est le bloggeur Sarkofrance qui constate, effaré autant que déçu :
« Mais je suis convaincu que nous n’avons pas le début du commencement d’une possibilité d’améliorer notre lutte contre la précarité avec l’actuel dispositif européen. La gauche de gouvernement m’a dégouté de l’Europe. ».
Je sais qu’il a tort. Des marges de manœuvre existent au niveau européen à traité constant. Il faut commencer par changer de président de la Commission européen avec Martin Schulz. Mais, un constat est vrai : l’actuel dispositif européen, absolument imparfait, est majoritairement issu de différents traités votés lorsque la Gauche était au pouvoir.
Le bilan de Hollande, ça serait aussi celui des gouvernants passés qui ont laissé des erreurs s’installer.
Dernier exemple en date ? La réforme du permis de conduire : lorsqu’il faut recruter des inspecteurs pour le permis de conduire, c’est autant d’infirmiers qu’on ne peut pas embaucher.
Je ne ferai pas son bilan, parce qu’il doit corriger les erreurs du passé avant de changer de modèle. C’est sa thèse. C’est peut-être son erreur. Peut-être que, si, il aurait été possible de réorienter l’Europe et de diminuer les déficits en même temps avec un vrai rapport de force face à l’Allemagne.
Barbara Pompili (députée de la Somme et co-présidente du groupe écologiste à l’Assemblée Nationale) reprend exactement à cette idée :
« Dire que c’est en respectant des engagements comptables de réduction du déficit que nous aurons plus de poids pour imposer nos points de vue sur la politique monétaire ou sur l’indispensable régulation de la finance, nous avons déjà donné ! ».
Je n’y crois pas. Surtout, que j’ai tendance à lui répondre que, justement, non, nous n’avons jamais respecté nos engagements comptables…
Et puis, si on faisait un bilan, il faudrait aussi faire celui de certains au Parti socialiste qui croît toujours aux vieilles lunes du déficit éternel…
Si l’on faisait un bilan, il faudrait décomposer avec une première étape jusqu’à l’affaire Léonarda et depuis Léonarda. Jusqu’à Léonarda, on a affaire à un François Hollande qui n’arrive pas à assumer son opposition à la ligne médiane du PS. Depuis, c’est la social-démocrate assumée (vœux du nouvel an et conférence de presse) avec le pacte de responsabilité à la clé, la réforme territoriale. On peut être en désaccord, mais au moins il y a moins d’erreur de communication et, surtout, une cohérence entre les actes et le story telling.
Alors évidemment, je refuse aussi de faire un bilan pour éviter de regarder les échecs en face… :>)
Parce que, oui, je dois l’avouer. Il y en a eu.
La réforme Fioraso sur l’université a été un échec : mal ficelée, il a fallu un amendement à la loi sur l’agriculture pour rattraper une bourde. Lorsque les oppositions sont féroces, la moindre erreur se paie cash. Mais l’échec de cette réforme, c’est aussi de ne pas avoir assumé la phrase suivante : « OUI, le principe de la loi LRU est bon ». Et qui sait, peut-être, est-il trop tôt pour en juger. Et si dans un an, cela s’avérait une réussite avec des universités de taille suffisante ?
On peut gloser, à raison, sur l’absence de réforme fiscale. Alors qu’Hollande a fait campagne sur la réforme fiscale, il a tout de même réussi à se mettre à dos Thomas Piketty ! C’est quand même son échec le plus flagrant.
La modestie de la réforme bancaire est également un échec, surtout par rapport à ses promesses de campagne.
 
Sources :
Les lois en cours ou déjà votées :
Publicités

A propos Benoit Bloissere

Mon compte twitter : https://twitter.com/ben_economics
Cet article, publié dans Gauche, politique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour De l’idiotie de faire un bilan après deux ans de mandat

  1. Nicolas dit :

    On est d’accord.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s