Le compromis : un art difficile

Les critiques sont nombreuses et tombent : Couacs (Florange), reculs (écotaxe), déclaration d’amour auprès des grands patrons et des banquiers (Moscovici), avancée européenne lointaine (l’union bancaire, c’est pour 2025), réformes peu courageuses (retraites), positions d’équilibre incompréhensible (Léonarda), premier ministre absent, fonction présidentielle abaissée (Léonarda), communication qui donne le bâton pour se faire battre (« choc fiscal »), politique non assumée. Comme dirait l’autre, « les emmerdes volent toujours en escadrille. ». Problème, beaucoup de ces constats sont justifiées.

Ces critiques sont évoquées, rabâchées, répétées. A croire que le bilan serait uniquement négatif ! Que nenni, quelques éléments positifs nuancent un peu.

La construction d’une culture du compromis pour remplacer la culture de la rupture et celle du consensus n’est pas la plus mince affaire de ce gouvernement.

En effet, François Hollande avance en recherchant le compromis. Le compromis est naturellement positif pour l’ensemble des parties prenantes lorsque la taille du gâteau croît. Mais lorsque l’activité patine, ce compromis est forcément négatif pour tout le monde.

Il s’agit de sortir de la culture de la rupture qui crée du clivage et qui n’est pas synonyme de réforme. Ainsi, la réforme des retraites des régimes spéciaux de Sarkozy s’est faite avec de nombreuses contreparties et est critiquée, y compris à droite, car elle va coûter cher.

Le compromis n’est pas le consensus où il s’agit de ne faire que ce qui obtient l’accord de tous : le consensus, c’est la réforme du plus petit dénominateur commun et donc l’absence de réforme.

Le compromis est un art difficile, car il s’agit d’un processus dynamique qui consiste à créer le consensus, ou au moins l’absence de désaccords, autour d’un objectif ou d’une réforme.

Mais Gérard Grunberg, directeur de recherche au Cnrs, explique le hiatus entre « la personnalité de François Hollande, qui continue de vouloir créer du consensus alors que les français se sont habitués à ce que le président soit quelqu’un qui décide ».

Mais comment « créer du consensus » dans une société en crise, qui a perdu confiance en l’autre et en ses élites ? La réussite du Président se jouera aussi là-dessus. Est-ce que cette culture du compromis influera sur la société française. Est-ce que la bataille culturelle de la nécessité du compromis sera gagnée ? Si oui, c’est une démarche qui sera portée au crédit du gouvernement. Evidemment, à court terme, cette méthode de gouvernement ne satisfait personne.

Sur le front social, les changements ne sont pas encore visibles mais devraient également être à porter au crédit du gouvernement. L’assurance complémentaire, la taxation des contrats courts et le temps partiel limité, négociés dans le cadre de l’accord national interprofessionnelle, seront positifs pour les ouvriers et les employés du secteur privé. Mais certaines de ces avancées  ne seront effectives qu’à partir de 2016.

Les mesures sur les dépenses contraintes sont loin d’être des échecs. L’augmentation du nombre de bénéficiaires de tarif de première nécessité devrait se finaliser dans les jours qui viennent avec la signature du décret. Dans le domaine du logement, la loi ALUR présente des éléments positifs avec l’encadrement des loyers et la régulation des pratiques des agences immobilières. Le prix des lunettes pourraient diminuer pour les plus modestes. Aucune coupure d’électricité n’aura lieu pendant l’hiver (jusqu’en mars), mais les décrets ne sont pas encore parus.

La loi sur l’égalité femmes- hommes présente des avancées particulièrement importantes dans le domaine des violences faite aux femmes et dans l’impayé des pensions alimentaires.

D’autres mesures ou décisions peuvent aussi être citées. Certes, il s’agit d’éléments importants, mais le quotidien de nos citoyens n’est en pas transformé. L’intervention au Mali fait ainsi partie des choix géostratégiques et militaires positifs pour éviter qu’un pays ne tombe aux mains d’extrémistes.

La généralisation de la pré-plainte en ligne et la possibilité de faire un signalement sur Internet auprès de la police des polices sont également des petites avancées de cette année 2013.

Du point de vue de la démocratie, les changements interviennent lentement et sont peu parlants pour les électeurs. La fin du cumul des mandats ne s’appliquera qu’au fil du temps. De plus, cette mesure ne semble pas exempts d’effet pervers et pourrait être nuisible à l’équilibre des pouvoirs. La démocratisation des communautés de communes s’appliquera en 2014, mais ne produira ses effets en termes de cohérence de politiques que sur le temps long d’un mandat.

Pour conclure sur la difficulté du compromis, comment ne pas avoir en tête que Yamina Benguigui, c’est mieux que Nadine Morano ? Que Harlem Désir, c’est mieux que Jean-François Copé ? Que Manuel Valls, c’est mieux que Christian Estrosi ?

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A propos Benoit Bloissere

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