Pour un fonds de relance de l’activité

Par Benoît Bloissere
(Article publié initialement sur le site de Sauvons l’Europe)

La possibilité de mutualiser des dépenses et des recettes au niveau européen apparaît de plus en plus compromis. L’augmentation du budget européen aurait pourtant permis d’effectuer des investissements énergétiques, d’infrastructure ou dans l’industrie. A défaut d’envisager une telle progression du budget à court terme, le think tank « Notre Europe » propose un mécanisme de solidarité, mais avec certains effets pervers. En fait, la solution est un fonds pour assurer des investissements, mais seulement en période de crise afin de relancer l’activité. L’équilibre financier serait assuré par des ressources propres.

La crise européenne et en Europe n’en finit pas : austérité, budget en baisse, méfiance de l’opinion, absence de visibilité dans les médias…

Les réflexions pour remettre de la solidarité dans un environnement politique crispé sur des enjeux uniquement nationaux vont bon train. Le Think Tank « Notre Europe – Institut Jacques Delors » propose ainsi un fonds contracyclique pour organiser des transferts entre les pays européens…
Ce projet repose sur la définition de position conjoncturelle par « l’output gap », c’est-à-dire la différence entre la croissance structurelle (de longue période) et la croissance observée une année donnée.

Ce projet paraît bon : les pays dont la position conjoncturelle serait plus négative que la moyenne européenne recevraient des fonds en provenance de ceux dont la position conjoncturelle serait meilleure que la position conjoncturelle européenne. Mathématiquement, les positions conjoncturelles sont neutres sur longues périodes. Sur longue période, aucun état ne serait ni gagnant, ni perdant.

Mais ce projet présente deux défauts majeurs.

Pour qu’une réforme politique soit acceptée, il faut qu’elle soit simple. C’est d’autant plus vrai sur l’Europe, avec une opinion qui ne croit plus aux institutions. Toute chose complexe sera vue comme un monstre dont il faut se méfier.

Or la formule proposée pour les transferts d’un pays est aussi simple (ou pas) que :

Ti = a * ((yEZ – y*EZ) / y*EZ – (yi – y*i) / y*i) * y*i

On peut également ajouter que le niveau des transferts dépend de la méthode de calcul de la croissance structurelle. Cette dernière repose sur des hypothèses macroéconomiques plus ou moins justes et varie entre les différentes organisations (FMI, OCDE, Commission européenne, OFCE…).

Cette proposition a le mérite d’organiser des transferts en cas de divergence dans la position conjoncturelle de chaque pays. Un pays avec 4% de croissance structurelle et 3% de croissance une année donnée serait en situation négative du point de vue de la position conjoncturelle. La même année, un autre pays a une croissance de 1% pour une croissance de long terme de 0%. Sa position conjoncturelle est positive. C’est donc le pays avec la croissance faible qui devrait transférer de l’argent au pays avec une croissance à 3%. Cet exemple est le deuxième défaut majeur de cette proposition : c’est un fonds dont l’objet n’est pas la solidarité et qui peut même amener des transferts des pays pauvres vers les pays riches.

Cette proposition met ensuite totalement de côté la vraie question : quelle politique européenne contracyclique ? Si on exige de la rigueur, voire de l’austérité, aux états-membres, la relance doit se faire au niveau européen. Cette relance pourrait se faire par un fonds spécifique ou par le budget européen financé par un impôt propre. Cette ressource propre permet ainsi de rembourser les déficits liés aux périodes de vaches maigres. On peut très bien imaginer que seule une partie des Etats-membres souhaitent mettre en place ce mécanisme de lissage de l’activité. C’est tout à fait possible via le mécanisme des coopérations renforcées.

Pour les pays en difficulté, l’enjeu est d’assouplir les conditions d’accès aux mécanismes européens de stabilité : tant que le pays s’engage à réduire ses déficits structurels, il doit pouvoir s’endetter à coût réduit auprès de ce MES pour financer des situations de crise. Le MES doit donc devenir une banque et pouvoir s’endetter directement auprès de la BCE.

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A propos Benoit Bloissere

Mon compte twitter : https://twitter.com/ben_economics
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