Vive le modèle social français !!

Par Benoit Bloissere

Retrouvons d’urgence le modèle social français !
C’est le cri du cœur de deux économistes : Karine Berger et Valérie Rabault. Le titre de leur livre est déjà tout un programme :  « les 30 glorieuses sont devant nous ». Sortons de cette sinistrose, de cette théorie du déclin français, qui contribue aussi à entretenir l’absence de perspectives !

Les deux auteurs posent un constat simple : à partir du milieu des années 1990, la France a tourné le dos à son modèle social d’origine. C’est cet abandon qui est problématique pour l’économie française et non le modèle social français.

Le retour au modèle français est indispensable pour  améliorer notre potentiel économique sans laisser personne sur le côté.

Dans un deuxième temps, les auteurs proposent un plan à horizon 2040 pour relancer la croissance et retrouver une France heureuse. Cette partie vous sera décrite dans une prochaine note de ce blog.

Un modèle social basé sur le colbertisme et l’ouverture à l’autre

Tout d’abord, il est nécessaire de définir ce fameux modèle. La définition du modèle social comme la présence d’un état-providence (régime de retraite, santé) et de droits individuels importants (droit du travail) est beaucoup trop restrictive. Cette composante fait partie du modèle Français, mais n’en a jamais représenté l’essentiel.

Plus largement, le modèle français se définit se distingue par son colbertisme historique, le poids de l’Etat et la centralisation étatique dans l’innovation et dans l’investissement. Les réussites sont nombreuses : nucléaires, TGV. Ces réussites sont pilotées par une élite républicaine, sorties des grandes écoles.

La centralisation recouvre depuis le premier empire le système d’école publique et l’accès à une éducation, gage de chance de chance de progrès dans la hiérarchie social.

Autre volet du modèle français, l’institutionnalisation du rapport à l’autre via 3 aspects : immigrations, construction européenne et service public sur l’ensemble du territoire. La France est une terre d’immigration ancienne. La France s’inscrit dans le cadre de la construction européenne depuis la fin du conflit. Cette construction européenne est une composante essentielle de sa croissance entre 1950 et 1980.

Ainsi, le modèle peut être défini selon les 3 valeurs de la devise : la Liberté (d’entreprendre, encadrée par une centralisation de l’Etat pour donner les directions principales), l’égalité, la fraternité (immigration, Europe, service public).

La mort du modèle Français depuis le milieu des années 1990

Depuis le milieu des années 1990, la France se détourne de ce modèle. C’est l’abandon de ce modèle qui est à l’origine de la crise actuelle. La fin de la croyance dans l’Europe empêche toutes nouvelles avancées, toutes nouvelles coopérations économiques ou sociales. La fin de la régulation conduit à une financiarisation de l’économie. La disparition de l’Etat dans la conduite de sa politique industrielle est une composante du manque d’investissement, d’innovation et de croissance en France.

Le constat paraît très intéressant sur la fin du modèle Français comme cause de la situation actuelle.

  • Les choix publics sur l’investissement et l’innovation n’orientent plus l’économie dans le cadre d’une coopération public/privé. La main invisible ne fonctionne pas. La coopération entre public/privé et la régulation sont indispensable, car les marchés ne sont pas efficients.
  • Les actionnaires et leur choix du court terme gagnent le pouvoir dans les entreprises. Les nouveaux marchés à l’étranger, avec les mêmes produits sont préféré à l’introduction de nouveaux produits en France. Or l’invention de nouveaux produits est un enjeu essentiel pour garder ses parts de marché, mais surtout pour vendre plus cher.
  • L’individualisme (et le communautarisme) triomphe : je possède donc je suis. Cet individualisme contribue aussi à ce que les Français rejettent l’objectif d’égalité. Quand aider le plus pauvre devient systématiquement de l’assistanat… Quand le partage du temps de travail devient une interdiction à « travailler plus pour gagner plus »…
  • La montée de la précarité et des insécurités s’accompagne dans le même temps d’une baisse des protections avec la forte progression des contrats de travail sans protection (le CDD et de l’interim). L’acceptation du délitement des services publics y compris à gauche (privatisations sous Jospin, absence d’investissements dans le RER, santé) contribue également à la perte de ces protections.
  • Le revenus progresse pour les plus pauvres et pour les plus riches, tandis que les groupes intermédiaires voient leur revenu augmenter dans une proportion moindre. L’augmentation du pouvoir d’achat est général, mais le ressenti n’y est pas. Dans le même temps, les inégalités générationnelles progressent, surtout sur le patrimoine via la problématique du logement ;
  • Le pari Européen est abanbonné. Personne ne souhaite relancer un projet européen cohérent et ambitieux.
  •  Tandis que l’immigration de travail n’a jamais été assumée par la gauche, l’immigration tout court est rejetée par la Droite. Ce rejet de l’immigré est accentué par une intégration difficile en raison d’une ghettoïsation qui s’accentue. Le saupoudrage de politiques de la ville et les multiples zonages sont inefficaces, voire contreproductifs. La Loi SRU s’assure d’une mixité entre les villes, mais nullement à l’intérieur des villes.

Les auteurs datent la rupture du modèle au milieu des années 1990. On peut la dater de manière bien plus précoce. La libéralisation financière s’est faite principalement sous Bérégovoy. B. Tapie, symbole du mérite républicain (je tousse) a été ministre avant 1993. D’ailleurs, Jean-Louis Beffa fixe le choix d’un modèle libéral-financier en 1990, confirmant ainsi que la rupture s’est faite bien avant le milieu des années 1990.

L’Europe dédouanée ?

Les auteurs ont raison : l’absence de croyance en l’Europe a conduit à des situations non optimales d’un point de vue collectif. Quand chaque état membre défend son pré-carré, seuls les compromis boiteux sont possible. Mais, l’Europe actuelle pose un certain nombre de défi au modèle social français.

En effet, les traités européens ou les choix de la droite européenne conservatrice viennent sur certains points en contradiction fondamentale avec le modèle Français. On peut citer :

  • la non-reconnaissance des services publics et la limitation très forte des aides publiques qui sont pourtant indispensable pour construire une coopération public/privé sur des projets précis ;
  • La liberté des capitaux qui accentue naturellement le poids des actionnaires et des financiers ;
  • L’absence d’harmonisations sociales, qui peut tendre à réduire les protections du droit du travail via des mécanismes de concurrence ; La directive service venant accentuer les possibilités de concurrence sociale.
  • L’absence d’harmonisations fiscales, qui contribue à réduire l’impôt sur le capital et les revenus les plus élevés pour éviter leur fuite vers des cieux plus cléments.

Retrouver le modèle Français pour une nouvelle croissance

La première condition de redémarrage de l’économie consiste donc à revenir au modèle Français d’origine. Ce point semble intéressant. Jean-Louis Beffa ne dit pas autre chose. Il dit qu’il faut abandonner le modèle libéral-financier pour un modèle commercial-industriel, dont l’objectif serait l’exportation. « l’action de l’Etat n’y serait pas interventionniste, mais incitative, en incitant les entreprises à privilégier les stratégies de long terme ». Ce modèle ne peut fonctionner que de manière collective est également rappelé ; « ce programme mettrait ensuite l’accent sur une politique sociale associant les syndicats à la mise en place d’un tel modèle ».

En revanche, Beffa et Berger/Rabault divergent sur les objectifs. Tourner vers l’exportation pour Beffa, tourner vers l’innovation pour gagner en productivité pour la consommation intérieure (automobile, santé) pour Berger/Rabault.

Retrouver le sens de la coopération

La seconde condition au redémarrage de la France est d’organiser des échanges. L’objectif n’est plus le juste échange, mais l’échange planifiée. L’Europe doit redevenir un lieu de coopération. Christian St Etienne (auteur de « l’incohérence Française ») explique que l’Europe est basée sur une double concurrence :

  • La concurrence des biens et services, cette concurrence est acceptable et souhaitable, car elles poussent à l’innovation ;
  • La concurrence des normes, cette concurrence conduit à une course au moins disant. Il faut donc sortir de cette concurrence des normes ou sortir de l’Europe actuelle.

Ainsi, Christian St Etienne et les deux auteurs sont d’accord sur le constat fondamental : l’Europe doit de nouveau être un lieu de coopération, d’harmonisation et non de concurrence.

Le retour de la planification pour retrouver la prospérité

Retour de l’intervention de l’Etat dans la recherche et l’innovation, du pari européen, des services publics, acceptation du besoin d’immigration, retour de la coopération public/privé, objectif d’égalité avec la solidarité et une réforme fiscale, les premiers chantiers sont nombreux.

Mais les auteurs proposent d’aller au-delà. Il est nécessaire de privilégier certains secteurs clés où investir massivement dans les 3 ou 4 prochaines années.

Les auteurs privilégient donc 1) l’éducation (qui est autant un objectif qu’un moyen), 2) le nucléaire/solaire, 3) la santé avec des innovations indispensables dans le domaine du vieillissement 4) transport en commun et fret 5) agriculture et alimentaire.

Cet aspect sera développé dans une note de blog disponible ici!

Une interview des auteurs résume bien le texte et certaines difficultés :
http://www.liberation.fr/economie/01012325101-2012-une-chance-d-enrayer-le-declin


[1] Président d’honneur de St Gobain, coprésident du Centre Cournot pour la recherche en économie

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A propos Benoit Bloissere

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